Resumo

Updated 14/06/21

L'ensemble de ses caractéristiques géologiques, environnementales et sociétales font de  la Nouvelle-Calédonie une terre particulièrement innovante et rayonnante en matière de recherche pour le développement.

NC terre de sciencees

© IRD

Nouvelle-Calédonie, terre de science

Un "Caillou" d'une richesse biologique et minérale exceptionnelle, dans un contexte tectonique régional actif, doté de questions sociétales aiguës relatives à ses patrimoines naturels et culturels : à plus d'un titre, les recherches développées en Nouvelle-Calédonie doivent offrir des clefs pour répondre aux défis environnementaux planétaires et aux enjeux sociétaux mondiaux.

La Nouvelle-Calédonie est située dans le Pacifique Sud-Ouest à 1500 km à l'Est de l'Australie. L'archipel est constitué d'une île principale, la Grande Terre, orientée NW-SE et de plusieurs ensembles d'îles plus petites :

  • au nord : les îles Belep et les îles des récifs d’Entrecasteaux
  • à l'est : les îles Loyauté (Ouvéa, Lifou, Tiga et Maré) et Walpole
  • à l'ouest : les îles Chesterfield,
  • au sud : l'île des Pins
  • et à l’extrême sud-est : les îles Matthew et Hunter à l'extrême sud du Vanuatu.

Territoire de l’Outremer français, la Nouvelle-Calédonie est une collectivité sui generis engagée dans un processus de décolonisation négociée depuis les années 1980, formalisée entre autres par les Accords de Matignon en 1988 puis de Nouméa en 1998. Le processus d’un second référendum d’autodétermination est en cours.

Le territoire compte 271.407 habitants en 2019 répartis dans trois provinces : la province Sud qui rassemble les ¾ de la population, la province Nord et la province des Iles Loyauté. Sa population est diversifiée en termes d’appartenance communautaire [1] et métissée (un habitant sur dix se déclare appartenir à plusieurs communautés ou être métis).

Petite enclave francophone dans une région Pacifique anglophone, la Nouvelle-Calédonie couvre une superficie de 19 000 km², ce qui la positionne à la troisième place des îles du Pacifique Sud, derrière la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande. L’espace maritime est immense, la surface de la zone économique exclusive étant évaluée à 1 450 000 km². Ceinturant la Nouvelle-Calédonie, un récif-barrière, dont l’éloignement par rapport à la côte varie de quelques kilomètres à 65 km environ, délimite un grand lagon dont la profondeur atteint localement  60 m.

Annoncée en septembre 2012 par le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, lors du Forum des îles du Pacifique (qui réunit tous les Etats et territoires insulaires de la région), le Parc naturel de la Mer de Corail couvre l’intégralité de son espace maritime et a été créé en avril 2014.

 

Une biodiversité exceptionnelle

La Nouvelle-Calédonie est reconnue comme l’un des principaux points chauds de la biodiversité terrestre, en raison de l’originalité de sa flore mais aussi de la perte importante de couverture végétale et des menaces importantes qui pèsent sur sa biodiversité. La Nouvelle-Calédonie est l’une des rares petites îles du Pacifique dont l’origine n’est pas volcanique. Son île principale, la Grande Terre est en partie constituée d’un fragment continental détaché du Gondwana il y a ~85 Ma. Subissant une immersion probablement complète, ce fragment aurait été entrainé en subduction et aurait émergé il y a ~35 Ma, avec sur son dos un panneau de roche mantellique (péridotites). L’abondance exceptionnelle des sols ultramafiques, issus de l’altération de péridotites, marque les paysages néocalédoniens. Sa faune et sa flore terrestres ont donc évolué en état d’isolement et, en fonction de ses sols particuliers, en formant un patrimoine naturel unique, riche et original qui attire chercheurs et touristes.

La flore terrestre de Nouvelle-Calédonie compte ~ 3400 espèces vasculaires autochtones, dont 75 % sont endémiques (c'est-à-dire des espèces qui ne se trouvent nulle part ailleurs).

La faune terrestre calédonienne se compose d’environ 4300 espèces connues. Parmi les oiseaux, on retiendra le cagou, emblème du territoire, les perruches, le pigeon vert ou le nautou. D’autres espèces sont également intéressantes : serpents marins, lézards, geckos, roussettes (chauve-souris de grande taille), tricots rayés — autre emblème calédonien, c’est le seul serpent marin à passer une partie de son cycle sur terre etc.

A proximité de l’archipel indo-malais considéré par les biogéographes comme le centre de dissémination des espèces de la province Indo-Pacifique, la Nouvelle-Calédonie possède une riche faune marine qui regroupe plus de 400 espèces de coraux répertoriées, 2500 espèces de poissons et environ 6500 espèces de mollusques marins. Avec près de 1600 espèces de poissons récifaux, le territoire figure parmi les régions les plus riches au monde alors que la Polynésie française, qui n’en compte que 650, fait partie des plus pauvres. A titre de comparaison, l’ensemble des fonds rocheux de toute l’Europe ne totalise que 600 espèces. Enfin parmi les trois familles de serpents marins existant au monde, seule celle des Elapidae est présente en Nouvelle-Calédonie (14 espèces locales).

 

Un contexte géologique remarquable

La Nouvelle-Calédonie est située dans le Pacifique Sud-Ouest, une région marquée par une très forte activité sismique et volcanique. En effet, les deux grandes plaques tectoniques Pacifique et Australie s’affrontent le long d’une frontière convergente (subduction) de près de 6000 km allant de la Papouasie Nouvelle-Guinée à la Nouvelle-Zélande. ¼  de la sismicité mondiale s’y produit. De plus, le sens de subduction s’inverse au niveau des îles Fidji le long de la frontière entre ces deux plaques, séparant la zone de subduction de PNG, des Iles Salomon et du Vanuatu au nord-ouest de celle des Tonga-Kermadec et de Nouvelle-Zélande au sud-est. Cela provoque une complexité tectonique avec des ouvertures arrière-arc multiples et engendre des vitesses très rapides de divergence et de convergence entre les plaques et microplaques,  jusqu’à 24 cm (la plus élevée au monde) au Nord Tonga.

La Nouvelle-Calédonie, pour partie située à proximité immédiate de la partie sud de la zone de subduction de Vanuatu, est donc soumise à un aléa sismique non négligeable. Portées par la plaque Australie, la ride de la Grande Terre et celle des îles Loyauté se rapprochent et plongent sous l’arc du Vanuatu à une vitesse de 12 cm/an, provoquant bombement de la plaque et mouvements verticaux des îles.

 

Une population multiculturelle

La population calédonienne est diversifiée en termes d’appartenance communautaire [1] et métissée. Elle est constituée aujourd’hui de Kanak (près de 40 % de la population), d’Européens présents depuis plusieurs générations ou récemment arrivés (près de 30%), d’Océaniens (Polynésiens, Wallisiens, Futuniens, Ni-Vanuatu etc.) et d’Asiatiques (principalement Vietnamiens, Japonais et Indonésiens).

Ce contexte multiculturel soulève de nombreux enjeux socio-politiques, économiques, environnementaux et culturels. Les accords politiques de Matignon-Oudinot (1988) et de Nouméa (1998) ont ouvert un chemin conduisant vers une communauté de destin respectueuse des différences entre communautés. Ce chemin se construit et se négocie par étapes pendant lesquelles sont discutées les formes de citoyenneté, de souveraineté, de développement et d’aménagement. Les principaux enjeux, outre ceux liés à l’autodétermination, portent sur les questions de réduction des inégalités, de développement économique et social, de gouvernance et de valorisation des territoires et des ressources, de reconnaissance des légitimités, des savoirs et des valeurs portées par les différentes communautés.

En Nouvelle-Calédonie, différentes manières de voir le monde et les natures coexistent ; les systèmes marchands et non-marchands s’articulent singulièrement ; les questions foncières impliquent des enjeux coutumiers, privés et publics. Intégrer ces spécificités est un défi pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie dans un contexte où les enjeux climatiques et environnementaux sont prégnants et où les transformations sociales s’accélèrent. Les recherches interdisciplinaires en sciences sociales en lien avec les sciences de la nature ont leur rôle à jouer pour nourrir des politiques publiques qui tiennent compte de toutes ces dimensions et permettent le maintien d’un patrimoine culturel et naturel riche.

 

Le Pacifique, région sentinelle du changement global

Enfin, de par sa situation   géographique, la région du Pacifique sera fortement impactée par le changement climatique : montée des eaux, érosion, acidification des océans, blanchissement corallien, déplacement et intensification des cyclones, modification de la pluviométrie, etc. Ce qui génère de fortes problématiques comme  les déplacements de réfugiés climatiques, la sécurité alimentaire, les maladies émergentes…

  • BIODIVERSITE. On estime que 10 à 20 % seulement de la biodiversité marine est connue. Le Pacifique est le plus exposé aux cas d'extinction, avec par exemple, chez les oiseaux endémiques des îles du Pacifique, environ 1000 cas d'extinctions.
  • OCEAN-CLIMAT-RISQUES ENVIRONNEMENTAUX. 1 épisode El Niño tous les 3-4 ans ces 50 dernières années, dont 2 forts. 8 cyclones / an en moyenne. 25% de la sismicité mondiale. Jusqu'à 10 mm/an de montée du niveau marin.
  • SOCIETES. Une pluralité culturelle exceptionnelle, avec 1300 langues soit 20% des langues de la planète pour 0,5% de la population mondiale. Des populations océaniennes en première ligne face aux changements globaux.

Avec ses 22 Etats et territoires et leurs zones économiques exclusives très étendues, le Pacifique océanien est une région d’avenir. La conjonction de facteurs biologiques, physiques et sociétaux s’exerçant sur ces Etats et territoires vulnérables, révèle plus rapidement qu’ailleurs l’impact des changements globaux, d’où l’importance accordée à la recherche scientifique, comme un des leviers du développement durable. Par ses missions, l’IRD contribue dans la région à la diplomatie scientifique océanienne et à l’insertion de la région Pacifique dans l’arène des collaborations internationales françaises et européennes.

 

[1] L’ISEE (Institut de la statistique et des études économiques – Nouvelle-Calédonie) définit la communauté d’appartenance comme un groupe d’individus présentant des caractères de civilisation concordants (langue, culture, structures sociales). La règle du recensement en Nouvelle-Calédonie demeure que chaque individu (en âge de pouvoir le faire) se détermine lui-même quant au choix de sa propre appartenance à une communauté.

Insularité et changements globaux

© IRD

Les thématiques de recherche

La mixité institutionnelle de la représentation IRD en Nouvelle-Calédonie favorise une dynamique interdisciplinaire, véritable moteur de recherche au service de la science et des politiques publiques.

  • Biologie et ressources marines, océanographie et politiques de conservation
    Unités de recherche impliquées : ENTROPIE, LOCEAN, M.I.O, IMAGO, ESPACE-DEV, SENS
     
  • Biodiversité et gouvernance des ressources terrestres (mines et eau)
    Unités de recherche impliquées : AMAP, IMBE, IMPMC, HSM, ENTROPIE, ESPACE-DEV, SENS
     
  • Aléas et risques naturels - Changements globaux
    Unités de recherche impliquées : GEOAZUR, M.I.O, IMPMC, HSM, ESPACE-DEV, SENS
     
  • Sociétés et santé
    Unités de recherche impliquées : ESPACE-DEV, SENS, ENTROPIE, PHARMADEV, M.I.O

Les unités de recherche

Département DISCO
(Dynamiques Internes et Surface des Continents)
 

UMR 050 HSM | HydroSciences Montpellier

Etudier, quantifier, prévoir les impacts du climat et des activités humaines sur les ressources en eau des régions méditerranéenne et tropicales

UMR 082 GÉOAZUR | Aléas telluriques et risques associés - Dynamique de la lithosphère

  • gestion des risques sismique et tsunami (observatoire sismologique) : production d’alertes sismiques temps réel, de cartes de sismicité et de séries longues d’observations sismiques
  • étude sur les paléo-tsunamis en Nouvelle-Calédonie
  • travaux sur la tectonique active, la séismicité et le volcanisme dans l’arc du Vanuatu
  • contribution à l’étude du champ hydrothermal alcalin de Prony

UMR 206 IMPMC | Institut de Minéralogie, de Physique des Matériaux et de Cosmochimie

  • processus cristallochimiques qui ont conduit à la mise en place des gisements de nickel/cobalt
  • cycles biogéochimiques des éléments traces métalliques au sein des différents écosystèmes terrestres et littoraux (massifs miniers, rivières, mangrove, lagon), selon une approche holistique propre à l’étude de la zone critique
  • expertise en géochimie et minéralogie environnementales, en réponse aux questionnements des collectivités sur des enjeux environnementaux (carbonatation des déchets miniers, valorisation des produits résiduaires organiques en agriculture) et sanitaires (risque amiante, dynamique environnementale de la leptospirose)


Département ECOBIO
(Ecologie, Biodiversité Fonctionnement des Ecosystèmes Continentaux) 

UMR 123 AMAP | Botanique et Modélisation de l’architecture des plantes et des végétations

  • écologie, systématique, diversité et conservation des plantes et des communautés végétales des territoires du Pacifique
  • particularités morpho-anatomiques et physiologiques de la flore calédonienne (notamment des plantes adaptées aux sols ultramafiques) et de leur origine évolutive.
  • gestion de l’Herbier de Nouvelle-Calédonie et du référentiel taxonomique FLORICAL

UMR 237 IMBE | Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie marine et continentale

  • écologie des espèces animales invasives et endémiques menacées
  • conservation durable des écosystèmes terrestres insulaires, appui à la veille biosécurité aux frontières
  • indicateurs et méthodologie d’évaluation de la biodiversité terrestre (acoustique environnementale depuis 2020)
  • gestion de la collection historique d’entomologie et du référentiel taxonomique de la faune terrestre de Nouvelle-Calédonie FATERCAL, interopérable avec le référentiel taxonomique national TAXREF.
     

Département OCEANS (Océans, climat et ressources)

UMR 182 LOCEAN | Laboratoire d’Océanographie et du Climat

  • études sur les processus physiques et biogéochimiques de l’océan et leur rôle dans le climat en interaction avec les écosystèmes marins
  • développement des traceurs géochimiques dans les carbonates marins biogéniques (coraux et foraminifères) en tant que proxies paléo-climatologiques et paléo-environnementaux des milieux tropicaux : processus, calibration et application

 

UMR 235 M.I.O | Institut Méditerranéen d’Océanologie (circulation océanique et atmosphérique

  • compréhension des écosystèmes marins et de la biodiversité de la bactérie aux poissons jusqu’à l’homme
  • fonctionnements biologiques dans les environnements extrêmes
  • impact de la pollution et des molécules toxiques océaniques sur le vivant
  • valorisation des biomasses et des molécules issues du vivant

 

UMR 250 ENTROPIE | Ecologie marine tropicale des océans Pacifique et Indien

  • influence des forçages environnementaux (locaux et à grande échelle) sur les cycles biogéochimiques et les caractéristiques physicochimiques écosystèmes côtiers et hauturiers
  • structuration et fonctionnement des organismes marins, de l’individu (caractérisation, distribution) jusqu’aux populations (processus évolutifs et adaptatifs)
  • vulnérabilité et résilience des communautés biologiques et dynamique des populations dans les changements des communautés, face aux modifications naturelles et anthropiques
  • état de santé des écosystèmes, solutions pour la conservation, la gestion et la restauration des espaces naturels, et gouvernance et stratégies durables d’exploitation et de valorisation des ressources biologiques.

 

US 191 IMAGO | Instrumentation, Moyens analytiques, Observatoires en géophysique et océanographie

  • gestion opérationnelle des réseaux d’observation (ReefTEMPS)
  • instrumentation, relevés, traitement de données, gestion de bases de données (SNO-SSS, SISMOCAL)
  • mise en oeuvre de l’instrumentation océanographique lors de campagnes en mer
  • interventions hyperbares



Département  SOC (Sociétés et Mondialisation)

UMR 228 ESPACE-DEV | Dynamiques des relations entre écosystèmes et sociétés. Observation spatiale, modèles et science impliquée

  • suivi de la dynamique environnementale insulaire tropicale par modélisation mathématique et télédétection à très hautes résolutions spatiales, spectrales et temporelles (risques d’émergence de maladies vectorielles, d’érosion, incendies, etc.)
  • analyse des transformations des relations entre sociétés et environnements (savoirs locaux, savoirs scientifiques, pratiques, normes de gestion) dans les systèmes insulaires de l’Indo-Pacifique
  • analyse de la viabilité et de la vulnérabilité des territoires insulaires et littoraux sous contrainte des changements globaux en vue de leur gestion intégrée (gestion des pêches, politiques de conservation, résilience au changement climatique....)

UMR 268 SENS | Savoirs, environnement, sociétés

  • politique des appartenances et des ressources naturelles (mine, foncier, eau douce et salée)
  • relations sociétés-environnements/humains-non-humains (savoirs, justice, souveraineté)
  • construction et archéologie des paysages
  • humanités environnementales et interfaces science-politique-société
     

Département  SAS (Santé et sociétés)

UMR 152 PHARMADEV | Pharmacochimie et biologie pour le développement

  • étude des plantes médicinales issues de la biodiversité végétale de la Nouvelle-Calédonie et du Pacifique Sud utilisées en médecine traditionnelle (extraction, isolement, détermination structurale, et tests biologiques de composés d’origine naturelle)
  • mise au point de phytomédicaments et contribution à l’élaboration d’une pharmacopée calédonienne après des études de contrôle qualité.