Consécration pour des biologistes, donner un nom à un organisme vivant décrit pour la première fois. Publié dans the European Journal of Taxonomy, le nouveau genre d’arbuste découvert par des botanistes de l’IRD et du Museum National d’Histoire Naturelle en Nouvelle-Calédonie portera le nom de la tribu kanak vivant à proximité.

Notre planète recèle encore des espèces vivantes inconnues des scientifiques. Les inventaires naturalistes dénichent régulièrement des espèces animales ou végétales rares et remarquables, parfois en danger.

Montagne Katalupaik

© IRD - Jérôme Munzinger

Une montagne isolée peu accessible

Les noms des explorateurs européens des 18è et 19è siècles sont passés à la postérité dans les noms latins des espèces animales ou végétales découvertes aux quatre coins du globe. Au 21è siècle, il devient plus rare de dénicher une espèce inconnue. Si les zones difficiles d’accès et peu fréquentées par les humains apportent leur lot de découvertes, les nouveaux outils génétiques peuvent conduire à des révisions taxonomiques qui mettent au jour des espèces passées inaperçues même dans des groupes botaniques communs. Depuis 2007, le Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris?Avec l’ONG Pro-Natura international renoue avec la tradition des inventaires naturalistes. C’est ainsi que deux botanistes de l’IRD ont participé au projet « la Planète Revisitée - Nouvelle-Calédonie 2016/2018 » mené en collaboration avec le Conservatoire des Espaces Naturels de Nouvelle-Calédonie. « Le volet « Forêt » s’est attaché à l’exploration de deux massifs de la Province Nord, dont le Katalupaik », détaille Jérôme Munzinger, botaniste à l’UMR AMAP. Etant donné la difficulté d’accès à cette montagne isolée, les membres de la mission ont été déposés par hélicoptère avec tout leur matériel.

Ancien de la tribu de Bopope, Emile Welet, Nouvelle-Calédonie

© Dominique Fleurot

Un nouveau genre est né

Les botanistes récoltent les échantillons de plantes et grâce à la très grande connaissance de la flore calédonienne que possède Jérôme Munzinger, ils savent très vite s’ils se trouvent devant une espèce potentiellement inconnue. Encore faut-il que la plante soit en fleurs au moment de l’inventaire puisque les pièces reproductrices sont essentielles à une détermination précise. La chance leur sourit. L’arbuste rencontré dans la forêt dense humide à une altitude de 500 m est en fleurs et certaines de ses caractéristiques intriguent les scientifiques. « C’était clairement une Gesneriaceae?Famille du Saintpaulia, se souvient le botaniste spécialiste de morphologie. Mais ses fleurs étaient plus petites que celles de toutes les espèces connues en NC alors que cette famille a normalement des fleurs assez grandes et voyantes. De plus, ses inflorescences présentaient un niveau de complexité inégalé jusqu’alors dans la famille ». Récoltée, mise en herbier puis étudiée sous toutes les coutures, la plante livre son secret. « D’un point de vue morphologique et génétique, elle différait suffisamment des deux genres les plus proches pour que l’on conclue à la découverte d’un genre nouveau », s’enthousiasme Jérôme Duminil, généticien à l’UMR DIADE et co-auteur de la publication. Les scientifiques décident de nommer ce genre Bopopia pour remercier la Tribu qui les a autorisés à fouler la zone coutumière de Pwopwop (transcription phonétique de l'oral) ou Bopope (écriture officielle sur les cartes). « Nous vous remercions, vous les scientifiques, pour le nom qui a été donné à ce petit arbre. C’est une grande fierté pour nous ici à Bopope », témoigne Emile Welet, Chef de famille à la tribu de Bopope. L’histoire est encore plus fabuleuse pour Jérémie Morel, premier auteur et dont le stage de Master 1?Co-encadré par Jérôme Duminil se conclut sur un épisode peu courant à ce niveau du cursus scientifique. Au total, l’expédition sur le Katalupaik a permis de collecter et de mettre en herbier - pour la partie botanique – 340 espèces dont 13 nouvelles qui viendront enrichir l’Herbier IRD de Nouméa?Responsable David Bruy, IRD.

Carte de l’île principale de Nouvelle-Calédonie - Lignes : routes / Point noir : localité de collecte de Bopopia parviflora / En haut à droite : Image agrandie de la végétation de la zone montrant la fragmentation de la forêt par le feu,

© Morel et al., 2021

A peine découvert, déjà en danger

 « En Nouvelle-Calédonie, affirme Jérôme Munzinger, dans certaines formations végétales, presque 9 espèces sur 10 sont endémiques?Qui n’existe qu’en un seul lieu / Flore NC = 3431 espèces dont 74,1 % endémiques, c’est un hot spot de biodiversité donc rien d’étonnant à ce que nous découvrions des espèces nouvelles mais au niveau du genre c’est rare ». Et ce qui est d'autant plus rare, c'est qu'il n'avait jamais été ramassé par le passé. En effet, de nombreuses espèces nouvelles restent dans les herbiers parfois pendant des siècles avant qu’un spécialiste les étudie, mais ce n'était pas le cas pour Bopopia parvifolia. Cet endémisme fragilise la survie de ces groupes représentés parfois par peu d’individus. La population de Bopopia parvifolia est estimée à moins de 250 individus. De ce fait, l’espèce découverte a été aussitôt classée sur la liste rouge de l’UICN car son habitat n’est pas inclus dans une aire protégée et se trouve régulièrement attaqué par des feux.


Publication : Morel, J., Duminil, J., & Munzinger, J. 2021. Bopopia, a new monotypic genus of Gesneriaceae (Gesnerioideae, Coronanthereae) from New Caledonia. European Journal of Taxonomyhttps://doi.org/10.5852/ejt.2021.736.1253


Aller plus loin :

Contacts science : Jérôme Munzinger, IRD, UMR AMAP  jerome.munzinger@ird.fr


Jérôme Duminil, IRD, UMR DIADE jerome.duminil@ird.fr


Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet communication.occitanie@ird.fr 


Jérôme Munzinger fait partie des experts référents du projet de médiation LITTERNATURE.